mardi 29 décembre 2015

ColèresS Planquées de Dorothy Shoes

Une exposition photographique pour mieux connaître la Sclérose En Plaques - Du 14 janvier 2016 au 31 mars 2016 - A l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière - PARIS 13ème

Cette exposition est organisée par : la Fondation ARSEP, en collaboration avec l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière et la Bibliothèque Universitaire Pierre et Marie Curie

La Fondation pour la Recherche sur la Sclérose En Plaques (ARSEP) se bat quotidiennement pour collecter des fonds destinés à trouver le remède contre la Sclérose En Plaques (SEP). Ses journées d’informations de même que les actions sportives qu’elle développe au sein de Solidaires en Peloton témoignent aussi de l’énergie déployée pour insuffler l’espoir aux 100 000 françaises et français atteints de cette maladie. Aujourd’hui, c’est leur dynamisme, leur courage, leurs efforts et leur combat face à un corps qui parle souvent étrangement ou de façon plus équivoque, que la Fondation veut mettre en lumière.

Au-delà de sa détermination à soutenir toujours plus activement la recherche sur la Sclérose En Plaques, la Fondation ARSEP a aussi la volonté de sensibiliser le public à cette maladie trop mal connue. Et c’est à travers les yeux d’une artiste photographe atteinte de SEP, qu’elle a découvert le moyen de lever le voile sur certains symptômes de cette affection neurologique.

COLÈRESS PLANQUÉES

(anagramme de sclérose en plaques) est un travail photographique né de ce constat.

Plus de 30 femmes ont rejoint Dorothy Shoes pour matérialiser sa vision de la maladie dans une série intime de photographies artistiques qu’elle vous livre avec beaucoup d’émotion.

L’ICM et la Bibliothèque Charcot (BUPMC), immédiatement conquis par la qualité de cette série, ont accepté d’accueillir l’exposition organisée par la Fondation ARSEP.

Le responsable de la Bibliothèque Charcot fera découvrir le fonds, notamment iconographique, de cette bibliothèque ainsi que les travaux de recherche menés par Jean-Martin Charcot, qui fut le premier à décrire les symptômes de la SEP.

L’artiste aura le privilège de vous guider au travers de l’exposition qui sera associée à un atelier alliant l’image à l’écriture.

DOROTHY SHOES

Sa série « Et demain Portraits d’Avenir » exposée à la Bibliothèque nationale de France illustrera le livre « Passés par la case prison » publié en novembre 2014 aux éditions de la Découverte, travaillant majoritairement auprès des minorités sociales, son travail réalisé au sein d’une communauté tsigane « Django du voyage » donnera lui aussi lieu à un livre éponyme paru aux éditions du Rouergue en 2011. Les photographies de Dorothy Shoes sont largement publiées dans la presse : France, Allemagne, Espagne, Italie, Emirats Arabes Unis, Grèce, Asie, USA, Canada…

www.dorothy-shoes.com

ColèresS Planquées a été présentée en 2015 à la Triennale de Vendôme et au festival Phot’Aix.

jeudi 17 décembre 2015

Philippe Durand - Vallée des Merveilles 2

Photographique, l'œuvre de Philippe Durand englobe le monde dans une géographie mouvante, à échelle variable. Une grande partie de son travail porte sur l'espace public, sur les traces d'expression que l'on peut y trouver, collages auto-générés, graffitis et stratifications, objets posés et déplacés.

Considérant la Vallée des merveilles (parc national du Mercantour) comme un proto-musée en plein air, sans artiste, sans commissaire, sans public ni communication, Philippe Durand en fait le lieu d'un développement de son travail, dans une nouvelle dimension spatiale et temporelle. L'exposition «Vallée des Merveilles 2» déploie les enjeux de cette recherche, appliquant à un site hautement historique et symbolique, divers moyens de représentation dont certains issus de l'industrie des loisirs de masse.

Dominée par le mont Bégo, classée monument historique depuis 1989, la Vallée des Merveilles, à 2 500 mètres d'altitude, abrite un patrimoine archéologique exceptionnel, des milliers de gravures réalisées vers 3 000 avant Jésus- Christ. Ce sanctuaire à ciel ouvert paraît dédié à un «couple divin primordial», la déesse terre et le dieu taureau. Epargné par sa difficulté d'accès, le site comporte cependant des graffitis apparus au fil des siècles, dus à des bergers, soldats, voyageurs... Bien qu'interdites formellement depuis 1954, de nouvelles inscriptions continuent de surgir en regard des gravures datant de l'âge du bronze.

Le projet de Philippe Durand consiste à réaliser une documentation tant de ces inscriptions que de certains blocs rocheux gravés afin de restituer ces derniers sous la forme de sculptures gonflables, c'est-à-dire des objets davantage utilisés par les parcs d'attraction que dans un contexte muséal. Il s'agit de recréer ainsi «copie de l'original», de recomposer une topographie du lieu, et de confronter dans un même espace d'exposition gonflables, films et photographies réalisés sur place.

Exposition coproduite par le Centre régional d'art contemporain du Languedoc-Roussillon, Sète, où elle sera présentée du 11 mars au 29 mai 2016.

Repères biographiques
Né en 1963, Philippe Durand vit à Paris. Il enseigne à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Il est représenté par la galerie Laurent Godin.

Informations pratiques
Mardi-dimanche, 12h-19h
Frac Bretagne
19 avenue André Mussat. 35011 Rennes
www.fracbretagne.fr

Philippe Durand
Vallée des Merveilles 2

18 déc.-28 fév. 2016
Rennes. Frac Bretagne

jeudi 10 décembre 2015

Loïc Blairon, Gaëlle Choisne - Supervues

Depuis 2007, au cœur de Vaison-la-Romaine, l'hôtel Burrhus invite des institutions, centres d'art, lieux d'art contemporain, galeries, à réfléchir et à participer à la programmation de Supervues en proposant à un artiste d'investir l'une des 35 chambres de l'hôtel.

L'enjeu de cet événement: investir une chambre, tirée au sort, avec des installations conçues spécialement pour l'événement, voire des performances; l'habiter pendant trois jours parmi sa propre création, au contact des artistes voisins, tout en étant le médiateur de son propre travail. Au dernier étage, la «suite» accueille une sélection d'œuvres d'un collectionneur.

La manifestation est ponctuée de temps forts (performances, projections, concerts) et de parcours proposés par des collectionneurs, galeristes, artistes. Cette expérience, dont les maître-mots sont le partage et la rencontre, met en relation artistes et visiteurs.

A retenir parmi les 35 artistes répartis dans les chambres de l'hôtel, la sélection de l'espace d'art contemporain niçois La Station : le vidéaste, photographe et performeur Rémi Voche, qui met en scène son propre corps.

Repères biographiques
Né en 1983 et diplômé en 2012 des Beaux-Arts de Nice, Rémi Voche est un artiste nomade: originaire de Paris il parcourt le monde et construit sa pratique au gré des rencontres avec la nature et l'urbanisme qui l'entoure. La photographie, la performance et la vidéo sont ses trois mediums de prédilection: il travaille de manière instinctive avec pour matière première son propre corps.

Informations pratiques
Vendredi: 18h30-20h30
Samedi: 11h-20h30
Dimanche: 11h-18h

Hôtel Burrhus
1, place Montfort. 84110 Vaison la Romaine
Renseignements: 04 90 36 00 11
www.supervues.com

Loïc Blairon, Gaëlle Choisne
Supervues
18 déc.-20 déc. 2015
Vaison La Romaine. Hôtel Burrhus

lundi 7 décembre 2015

SARAH TRITZ - DIABOLO MÂCHE UN CHEWING-GUM SOUS LA PLUIE ET PENSE AU CUL - FONDATION D’ENTREPRISE RICARD / 24 NOV. 2015-09 JANV. 2016

Les personnages que Sarah Tritz convoque à la Fondation d’entreprise Ricard — du mélancolique Diabolo, qui donne son titre à l’exposition, au délicieux Sluggo, tout droit sorti d’un comics américain des années 30 dans lequel l’artiste est aussi allée prélever les couleurs tendres, bleu ciel, vert d’eau, qui habillent les murs de l’espace — trainent derrière eux une cohorte d’invités mystères.
Parents oubliés ou illustres ainés que l’artiste repêche sur le tamis de l’histoire de l’art et qui hantent la filiation accidentée des caractères, ou characters, qui peuplent son œuvre. Picabia et sa mariée à qui Sarah Tritz confie le soin d’accueillir les spectateurs à l’entrée de l’exposition, Roy Lichtenstein qui lui inspire sa femme noyée, le peintre allemand Willi Baumeister à qui elle empreinte une fresque intitulée Afrika pour une réplique granuleuse au dos d’une cimaise et encore Max Ernst dont elle déplie un petit dessin pour découper les contours tranchants d’un Géant totémique en trois dimensions.

Dans ce théâtre miniature, tout est jeu de regards et lignes de fuite. Regardez Sluggo dont la tête désolidarisée du reste du corps qui se fait la malle dans la salle d’après, trône comme un trophée de cheminée sur la cimaise au centre de l’exposition. Le sourire en coin, il fait de l’œil à la femme en pleurs épinglée sur le mur d’en face. Juste à côté, un smiley court sur pattes se moque des tentatives maladroites de représentation que Sarah Tritz, inspirée par un manuel de manga pour les nuls, a tenté sur un carré d’enduit frais. Quant aux jambes déposées à terre sur des tapis de danse aux couleurs bubble gum, soyons clair, ce sont elles qui nous matent.

Ici, donc, on négocie sec et on joue des coudes pour se faire sa place au soleil couchant devant lequel seule Charlotte, sculpture alanguie et à terre qui ouvre l’exposition, avec son sexe en torchis et ses doigts de pieds en éventail, semble avoir trouvé le repos. Il faut dire que dans cette orgie pastel, ces noces contre nature, les protagonistes ont quelque chose de gentiment dépareillé. La faute sans doute à ces opérations de sélections préalables citées plus haut, à la façon dont Sarah Tritz construit ses œuvres en convoquant des figures issues de milieux artistiques divers — comme l’on pourrait le dire des classes sociales —, le surréalisme, les arts primitifs, les arts déco, et même la BD bon marché.

«C'est dans ces écarts de style que j'inclus la perception du regardeur, c'est par la gymnastique qu'impose cet écart que j'imagine le regardeur devenir actif», assume l’artiste. Et de fait, on circule amusé, l’œil élastique, d’un personnage à l’autre. De la même façon que l’artiste procède par litote et démembre certaines de ses sculptures pour ne garder, ici, qu’une paire de jambe, ailleurs, un bras articulé, dans un souci d’efficacité et de simplicité, il faut accepter de faire connaissance en tête à tête avec tel ou tel détail pour choisir, ensuite, d’embrasser l’ensemble de l’exposition.

Exclusivement réalisées en 2015, à l’exception du grand collage aux couleurs primaires présenté dans la première salle, les pièces de Sarah Tritz, tirées à quatre épingles ou un brin hasardeuses quand elles s’en remettent aux trouvailles techniques des artisans à qui l’artiste se plait à déléguer une partie du travail afin de prolonger ses efforts de distorsion, ont cette faculté d’être à la fois parfaitement autonomes et extrêmement sociables. Et ce, malgré leurs différences.

Une proposition de Claire Moulène

Fondation d’entreprise Ricard
12, rue Boissy d’Anglas. 75008 Paris
www.fondation-entreprise-ricard.com
Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 19h

jeudi 3 décembre 2015

Jofo - Dreamer

Composée de quinze œuvres, créées avec une palette graphique puis imprimées en digigraghie sur toile de grand format, la série «Dreamer» de Jofo est imprégnée de références culturelles intemporelles. Empruntant ses personnages au monument du cinéma de science-fiction Star Wars et les animant sur des fonds inspirés de célèbres peintres, Jofo produit une série de dessins colorée, non dénuée d'humour, où son personnage fétiche, Toto, s'est dissimulé sous les costumes de ses nouveaux héros préférés.

Après la découverte de la saga Star Wars, le fils de Jofo demande à son père de lui dessiner «des Star Wars». Jofo a alors l'idée d'utiliser une œuvre chère à son cœur, qui lui servira de fond pour la composition de son premier dessin: une peinture de Kandinsky, Landscape near Murnau with Locomotive (1909), vue au Moma de New-York. L'emprunt à l'iconographie de peintures du XIXème et du début du XXème siècle sera alors le leitmotiv de la série dessinée «Dreamer».

Jofo réinterprète les paysages originels de peintures de Maurice Denis, Félix Vallotton, Jan Verkade pour composes ses mises en scène. En jouant sur l'exagération des motifs colorés d'origine, il crée de grands aplats lumineux, formant ainsi une palette abstraite. La lumière émanant d'un sous-bois, d'un espace cosmique, lunaire ou d'un bord de mer, conjuguée à la présence familière des personnages et aux imposantes silhouettes de ses vaisseaux flottants, produisent une alchimie onirique.

Si les personnages de Star Wars se détachent avec force et évidence dans la composition, et imposent leur présence dans des cadrages resserrés, ils ne semblent pourtant ni assurés ni rassurés. Les forces du mal semblent, sous le trait malicieux de Jofo, laisser place à un monde plus naïf, où les héros semblent dominés par leur sujet et observent passivement la bataille qui se prépare ou s'achève.

Repères biographiques
Né en 1961, architecte de formation, peintre, affichiste, vidéaste, auteur et chanteur de rock, Jofo vit et travaille à Bordeaux. Son petit personnage rond et faussement naïf, Toto, court d'une toile à l'autre depuis plus de vingt ans, à travers les images du quotidien et le monde urbain qui l'entoure. Jofo est représenté par la galerie D.X à Bordeaux.

Informations pratiques
Lundi-vendredi, 14h-19h; samedi, 11h-12h30 et 14h-19h
Galerie D.X
10, place des Quinconces. 33000 Bordeaux
Renseignements: 05 56 23 35 20
www.galeriedx.com

Jofo
Dreamer
04 déc.-26 janv. 2016
Vernissage le 03 déc. 2015
Bordeaux. Galerie DX

lundi 30 novembre 2015

John Casey - Okay, Not Okay

Considéré comme un des «enfants terribles» de l'art de la côte Ouest, John Casey est obsédé par la figure, qu'il décline sous forme de dessins au crayon et à l'encre ou de sculptures en résine — souvent considérés à tort comme des autoportraits —, avec un sens tragique de l'humour.

Les figures et scènes présentées sont troublantes et en même temps drolatiques. Les déformations ou les associations sont surnaturelles: visages-fleurs, visages-maisons, visages-visages, ...

Ses dessins parlent de la vie quotidienne de personnages semblant être issus de la classe moyenne américaine et subissant physiquement les contraintes d'une société qui se cherche dans un monde qui change. L'univers de John Casey devrait être le monde que nous voyons.

Né à Salem en 1964, John Casey est diplômé du College of Fine Arts de Boston.

John Casey
Okay, Not Okay
27 nov.-24 déc. 2015
Paris 3e. Galerie Polaris

lundi 16 novembre 2015

FIAC HORS LES MURS > MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE JARDIN DES PLANTES > JUSQU’AU 23 NOVEMBRE 2015

Pour la cinquième année consécutive, la Fiac et le Muséum national d’Histoire naturelle s’associent pour proposer un parcours d’art contemporain au sein des différents espaces du Jardin des Plantes.

Que ce soit dans les allées du jardin, sur les balcons de la Grande Galerie de l’Évolution ou dans les recoins de la Ménagerie, le public pourra rencontrer les œuvres d’artistes nouvellement arrivés au Jardin des Plantes, tels Kader Attia, Virginie Yassef ou Otobong Nkanga, et également renouer avec des habitués, heureux de retrouver leurs marques, au rang desquels Mark Dion, Gilles Barbier et Vincent Mauger.

Cette rencontre originale entre œuvres d’art et collections permanentes est une belle occasion de redécouvrir des sites historiques d’un œil neuf. Les passerelles ainsi créées entre sciences naturelles et art contemporain sont nombreuses et permettent aux œuvres exposées de s’intégrer complètement dans le décor ou au contraire d’y offrir un surprenant décalage ; dans tous les cas le parcours proposé laisse rarement indifférent…

Avec une vingtaine d’œuvres réparties sur des sites emblématiques du Jardin des Plantes, le parcours est cette année encore luxuriant ! Sculptures, installations et performances viennent ponctuer les collections du Muséum, avec cette année le développement d’un axe « changement climatique et biodiversité » en lien avec la Conférence sur le Climat à Paris (COP21). Les sites et collections du Muséum ont été une source d’inspiration ; le spectateur pourra, entre autres, découvrir des œuvres créées pour l’occasion comme Treasure Hunt d’Elisabeth S. Clark, inspirée par la célèbre girafe Zarafa ou encore une souche millénaire magnifiée par l’artiste coréenne Haegue Yang.

JARDIN DES PLANTES. PARIS Ve

Métro: Censier-Daubenton (ligne 7) / Jussieu (lignes 7 et 10)

Horaires et tarifs
— Jardin des Plantes : tous les jours, 08h-17h30. Accès gratuit
— Ménagerie : tous les jours, 08h-17h30. Tarif plein 13€ / réduit 9€
— Grande Galerie de l’Évolution : tous les jours (sauf mardi), 10h-18h, tarif plein 9€ / réduit 7€
Accès gratuit sur présentation du billet d’entrée à la Fiac ou OFFICIELLE

Plus d’informations: http://tiny.cc/fiac-jardin-plantes

mercredi 11 novembre 2015

Massimo Berruti - Drops. Water crisis in Gaza and the West Bank

En 2003, après quelques cours de photographie, Massimo Berruti (né en 1979) abandonne la biologie pour approfondir la photo. Il commence à travailler comme photographe en Italie et en Europe de l'Est où il documente l'immigration et la crise industrielle. Depuis 2008, il s'est attelé à un vaste travail documentaire sur la société en mutation au Pakistan. Le dernier chapitre de ce travail est consacré aux victimes d'attaques de drones dont Massimo Berruti a réalisé des portraits de 2011 à 2013.

En 2014, il a remporté le Grand Prix Afd/Polka du meilleur projet de reportage photo pour «Drops. Water crisis in Gaza and the West Bank». Il porte sur l'eau, ressource des plus vitale, qui devient de plus en plus rare dans les pays du Moyen-Orient. Malgré l'aide apportée par la communauté internationale visant à résoudre les problèmes d'assainissement et de pénurie d'eau, les améliorations restent insuffisantes et une grande partie de la population demeure privée d'eau potable.

Cette situation précaire est encore aggravée par les conflits permanents qui entraînent la destruction quasi systématique des nouvelles infrastructures. En juillet dernier, l'offensive militaire Israélienne «Protective Edge» provoqua des dégâts sans précédent.
Les réseaux de distribution d'eau ainsi que les installations électriques, déjà vétustes, furent encore davantage endommagés. Plus grave encore, la destruction d'une partie des égouts eut pour effet d'envoyer les eaux usées dans les réseaux d'eau potable, mettant ainsi en péril la santé des palestiniens.

On estime qu'il faudrait près de deux ans pour réparer l'ensemble de des dégâts et rétablir une situation viable. «L'équation est simple», explique Guillaume Pierrehumbert, coordonnateur eau et habitat du Cicr pour la bande de Gaza. «La pénurie d'électricité empêche l'eau d'être purifiée, évacuée, traitée ou désalinisée, et elle entrave l'approvisionnement des foyers, des hôpitaux et des commerces. L'eau manque un peu partout, et lorsqu'il y en a, elle est salée, souillée ou dangereuse à consommer.»

Aujourd'hui, la question de l'eau devient de plus en plus préoccupante, et pourrait devenir, dans un futur proche, l'un des facteurs principaux des conflits internationaux.

Massimo Berruti est né en 1979 à Rome, ville où il réside.

Massimo Berruti
Drops. Water crisis in Gaza and the West Bank
12 nov.-17 janv. 2016
Paris 4e. Maison européenne de la photo

mercredi 4 novembre 2015

#PickYourArt by KAZoART galerie 2.0 - l'exposition dont vous êtes le héros

#PickYourArt est une exposition d’un nouveau genre, conçue par la galerie d’art en ligne KAZoART dans la volonté de rendre l’art plus accessible et de permettre au public d’interagir avec les artistes. En effet, les quatre artistes qui seront exposés, Onur Deda, Claire Moog, Gérard Escougnou et Laurent Allory, ont été sélectionnés à l’issue d’un vote en ligne auquel KAZoART a convié toute sa communauté, et qui a réuni des milliers de votants au mois d’octobre dernier.

Une démarche de démocratisation de l’art saluée par Jack Lang qui a accordé à KAZoART son parrainage.

L’originalité du concept #PickYourART : c’est le public qui est le curateur !

Au sein du Patio Opera, un restaurant lounge qui accueille régulièrement des expositions dans un espace de 150 m2 dédié à l’art contemporain, chacun des artistes présentera une dizaine d’oeuvres parmi ses dernières créations. Quatre univers singuliers vont ainsi se confronter. Les arabesques colorées et puissantes de Gérard Escougnou répondront aux superpositions de matières des peintures de Claire Moog, lorsque les oeuvres photographiques de Onur Deda pourront dialoguer avec celles de Laurent Allory.

Rendez-vous le mercredi 2 décembre à 18h où moments d'échange avec les artistes et performances rythmeront la soirée de vernissage.

Patio Opéra - 5 rue Meyer 75009 Paris - Du 3 au 13 décembre de 14h à 18h

jeudi 22 octobre 2015

Ugo Rondinone I love John Giorno

«I Love John Giorno» est la première rétrospective mondiale sur la vie et l'œuvre du poète américain John Giorno (né en 1936, vit à New York), figure majeure de la scène underground américaine des années 1960.

L'exposition est conçue par l'artiste suisse Ugo Rondinone (né en 1964, vit à New York) comme une œuvre à part entière. «'ai imaginé l'exposition en huit chapitres qui représentent chacun une facette de l'œuvre foisonnante de John Giorno. L'ensemble reflète son processus de travail et permet de comprendre la double influence de la culture américaine et du bouddhisme sur sa vie et son art» explique Ugo
Rondinone.

«Ugo Rondinone a sculpté cette exposition avec l'exigence d'un physionomiste modelant la vie intérieure de John Giorno en miroir de son œuvre. C'est dans un Palais de Tokyo transformé en “palais des glaces” que le visiteur est invité à traverser le labyrinthe d'une vie, reflétée dans mille éclats de miroirs — que ce soit les premiers films inédits de Warhol, de rares thangkas bouddhistes ou les poèmes peints de John Giorno». Florence Ostende

Personnage iconique des premiers films d'Andy Warhol, John Giorno s'inspire de la libre appropriation des images du Pop Art et capture sur le vif la langue populaire des publicités, de la télévision, des journaux et de la rue. Dans la lignée de la Beat Generation, il renouvelle le genre de la «poésie trouvée» et œuvre pour rendre la poésie ouverte à tous.

Dès le début des années 1960, John Giorno conçoit le poème comme un virus qui doit se transmettre au plus grand nombre. En composant un simple numéro de téléphone, son œuvre culte Dial-A-Poem (Composez un poème) (1968) rend accessible l'écoute de poèmes par téléphone et dépasse rapidement le million d'appels.

Qu'ils soient enregistrés sur un disque, peints sur une toile, déclamés sur scène ou déstructurés sur la page d'un livre, les poèmes sont considérés par John Giorno comme des images, dont la reproduction par la technologie est sans limite. «A l'ère du sampling, du copier-coller, de la manipulation digitale du texte et de l'art de l'appropriation — qui trouve son apogée dans le hip hop et l'orgie textuelle du web — le monde rattrape enfin les techniques et les styles dont Giorno fut le pionnier il y a plusieurs décennies ». (Marcus Boon, «Introduction», in Subduing Demons in America, Selected Poems 1962-2007, Soft Skull Press, New York, 2008)

A la croisée de la poésie, des arts visuels, de la musique et de la performance, l'exposition révèle l'influence marquante de la vie et de l'œuvre de John Giorno sur plusieurs générations d'artistes qui ont réalisé son portrait — du chef-d'œuvre filmique Sleep (1963) d'Andy Warhol à son remake par Pierre Huyghe, en passant par R.E.M, Rirkrit Tiravanija, Elizabeth Peyton, Françoise Janicot, Verne Dawson, Billy Sullivan et Judith Eisler.

La section dédiée au Giorno Poetry System (1965-1993), confiée au commissaire d'exposition Matthew Higgs en collaboration avec les artistes Angela Bulloch et Anne
Collier, retrace l'activité de production, de diffusion et de promotion de plus de 50 disques et albums par 150 artistes, musiciens, poètes et performers dont Frank Zappa, Debbie Harry, William S. Burroughs et Phillip Glass.

Célèbre pour ses sculptures anthropomorphiques, ses masques noirs et ses clowns hyperréalistes, Ugo Rondinone réinvente ici le format de la rétrospective à la manière d'un portraitiste. Il affirme la nécessaire reconquête d'une forme de spiritualité à travers les correspondances entre art et poésie.

«Le titre I Love John Giorno est un Je collectif dans lequel Ugo Rondinone invite chacun de nous à partager et à ressentir l'engagement spirituel et politique d'une figure emblématique de la contre-culture américaine. Bien plus qu'une première rétrospective, cette exposition est une déclaration d'amour qui marque l'invention d'un nouveau genre». Florence Ostende

Ugo Rondinone
I love John Giorno
21 oct.-10 janv. 2016
Paris 16e. Palais de Tokyo

mercredi 21 octobre 2015

Les clébards de clochards entrent à Sciences Po Paris

A la veille de la trêve hivernale, l'exposition de photographies Clébard de Clochard ouvrira ses portes au public le 26 octobre prochain sur le campus de Sciences-Po Paris à Reims. A la demande d'IFAW, le photographe rémois Jean Christophe Hanché a suivi pendant 2 ans les personnes en situation d'exclusion et leurs chiens dans l'agglomération de Reims. « J'ai rencontré des couples soudés dans l'adversité » commente l'artiste dont l'objectif et l'œil humaniste ont réussi à saisir, dans cette série de clichés, la nature fusionnelle et belle du lien qui unit ces chiens à leurs maîtres.

Depuis trois ans, IFAW œuvre en faveur de l'accueil inconditionnel des publics en situation d'exclusion accompagnés de chiens sur l'agglomération de Reims. Au fil de ses rencontres avec ces hommes et ces femmes, et pour la grande majorité, IFAW a découvert une relation dans laquelle l'animal vient au secours de l'homme au cœur d'un univers difficile.

« L'idée de cette série de clichés est venue du constat qu'il faut résolument partir à la rencontre de ceux que nous avons appris à considérer comme un couple : le maître en situation d'exclusion et son chien, pour comprendre le lien qui les unit » explique Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d'IFAW France. « Nous espérons que ces photos permettront aux visiteurs de l'exposition de poser un autre regard sur ces couples, un regard bienveillant qui aidera à balayer certains préjugés à leur égard. Ceci est à la portée de chacun.»

C'est au cœur du campus rémois de Sciences Po Paris, du 26 octobre au 13 novembre 2015, que le public pourra découvrir une première série de portraits de ces maîtres et de leurs chiens.

« Suite à un premier contact au printemps 2015, certains groupes d'étudiants se sont passionnés pour le travail réalisé par IFAW et les associations rémoises autour de la problématique des chiens de SDF. » explique Nathalie Jacquet, Directrice du campus de Sciences Po Paris à Reims. « Le remarquable travail du photographe Jean-Christophe Hanché, qui anime par ailleurs des ateliers de photographie à Sciences Po, a fini de nous convaincre d'accueillir cette exposition».

En 20 ans, les publics en situation de rupture ou d'exclusion accompagnés de chiens ont augmenté de manière significative dans le paysage urbain français. En janvier 2012, une étude de terrain commandée par IFAW auprès de l'Institut IPSOS et menée à Reims a démontré que le chien représente aussi bien une bouée de sauvetage pour le maître en rupture avec la société en favorisant une estime de soi, qu'un facteur d'exclusion et de marginalisation supplémentaire en étant un frein considérable à l'accès aux droits, aux soins, au logement, à la formation et à l'emploi faute de prise en considération du binôme homme-chien dans sa globalité.

Des visites guidées de l'exposition sont proposées en semaine et pendant le week-end :
Mardi 27/10 18h30-19h30
Jeudi 29/10 18h30-19h30
Mardi 03/11 18h30-19h30
Jeudi 05/11 18h30-19h30
Samedi 07/11 15h-16h
Mardi 10/11 18h30-19h30
Jeudi 12/11 18h30-19h30

Orange partenaire de l’exposition John Giorno au Palais de Tokyo

A l’occasion de l’exposition I LOVE JOHN GIORNO de Ugo Rondinone, le Palais de Tokyo en partenariat avec Orange, propose de faire revivre l’œuvre culte de John Giorno Dial-A-Poem (1968), qui permet l’écoute de poèmes, œuvres sonores, chansons et discours historiques par téléphone en appelant gratuitement le numéro vert 0 800 106 106 pendant toute la durée de l’exposition du 19 octobre 2015 au 10 janvier 2016.

Une cinquantaine de poèmes français, anciens et contemporains, sélectionnés par la commissaire de l’exposition viennent enrichir le dispositif.

En appelant le numéro vert mis en place par Orange, les utilisateurs peuvent écouter de façon aléatoire et gratuitement, depuis un téléphone fixe ou un mobile, des poèmes lus par leurs auteurs eux-mêmes.

Orange a pour ambition de rendre les bénéfices du numérique accessibles au plus grand nombre. C’est pourquoi nous menons depuis plusieurs années des partenariats de recherche avec des institutions culturelles avec une finalité commune : mettre le numérique au service de la culture, facteur de développement humain, économique et social. Notre approche originale, qui unit les savoir-faire d’Orange et de nos partenaires, favorise la création de solutions innovantes au service de la médiation culturelle et de la diffusion des savoirs.

lundi 19 octobre 2015

Robert Doisneau. Un photographe au Muséum

A l'occasion d'une grande rétrospective de Robert Doisneau, le Muséum national d'Histoire naturelle réunit plus d'une centaine de photographies largement inédites. Située aux 2ème et 3ème étages de la Grande Galerie de l'Evolution, l'exposition dévoile 128 photographies et 35 planches contacts.

Pour la plupart jamais vues du public, ces images sont tirées de deux reportages dévoilant le Muséum sous ses différentes facettes: l'un mené en 1942-1943; l'autre en 1990. Les photographies exposées font parties en majorité de la collection iconographique du Muséum national d'Histoire naturelle.

Pour l'occasion, une scénographie épurée est spécifiquement pensée pour révéler la lumière si particulière de ces clichés d'époque dont le tirage fut réalisé sous la supervision de Doisneau. Quant aux huit thématiques choisies, elles amènent le public dans les recoins du Muséum, là même où Robert Doisneau s'aventura avec son appareil: Musée de l'Homme, Vertébrés, Herbier et graineterie, Minéralogie et Paléontologie, Zoo et Ménagerie, Entomologie, Serres et cultures, Publics.

Robert Doisneau souhaitait réaliser des portraits de scientifiques en plein travail, mettre en lumière la recherche en train de se faire. Et c'est une douceur intemporelle qui se dégage de ses clichés. Du visage concentré du paléontologue sur une mâchoire géante au jardinier époussetant avec application son orchidée en passant par cette femme au regard lointain portant une «momie», que de scènes incroyables captées avec justesse. S'il n'y avait quelques indices vestimentaires, il serait difficile de dater les clichés, pourtant séparés par 48 années, tant l'œil du photographe s'est posé avec la même tendresse et la même intensité sur les membres, lieux et collections d'une institution qui lui sembla infinie.

Robert Doisneau entre pour la première fois au sein du Muséum en 1942 dans le cadre d'une commande de l'éditeur et typographe Maximilien Vox (frère de Théodore Monod, explorateur et professeur au Muséum). En charge de la préparation de l'ouvrage Nouveaux destins de l'intelligence française consacré aux personnalités françaises influentes dans le monde de la science et de l'art, M. Vox a besoin d'illustrations fortes. C'est ici que plusieurs photographes sont sollicités dont Robert Doisneau qui fournit à l'éditeur 22 portraits d'écrivains, d'artisans et de scientifiques.

Du Muséum, il n'y aura «que» le portrait d'une dessinatrice scientifique en entomologie. Bien que le livre fût finalement édité grâce au soutien du gouvernement de Vichy, il ne fait plus de doute aujourd'hui que Robert Doisneau se positionna comme «simple» reporter.

Mais ce n'est pas pour ce livre que Robert Doisneau arpenta avec tant de liesse les allées des jardins, des parcs animaliers et des laboratoires cachés du Muséum. Un autre projet de M. Vox sur la science et les scientifiques en France était en cours: l'ouvrage Visages de la science. Celui-ci ne verra jamais le jour et la majorité des tirages rejoignent mystérieusement le fonds documentaire du Muséum alors que les négatifs sont soigneusement classés dans l'atelier du photographe. C'est, en partie, la redécouverte inattendue à l'Atelier Robert Doisneau, lors de l'élaboration de l'exposition en 2015, d'une boîte de négatifs contretypés portant la mention «Visages de la Science» qui confirmera l'objet réel de la commande pour ce projet qui ne fut jamais réalisé.

En 1990, Alain Foucault, sous-directeur du Muséum et aussi neveu de Robert Doisneau fut à l'origine d'un second reportage. Une commande d'une quinzaine d'images (beaucoup moins que dans les années 40) principalement centrée sur les laboratoires forme alors le terreau initial de l'exposition «La science de Doisneau» qui se tient en 1990 à la Bibliothèque du Muséum.

Une quarantaine de clichés dont les tirages sont réalisés par Georges Fèvre de l'Atelier-Pictorial sous le contrôle de Robert Doisneau sont exposés: des images du Muséum datant de 1942-1943 et de 1990 mais aussi des images consacrées à d'autres chercheurs et d'autres institutions. Ces nouveaux tirages rejoignent ensuite la collection du Muséum et complètent le premier ensemble des années 40.

Robert Doisneau
Robert Doisneau. Un photographe au Muséum
07 oct.-19 janv. 2016
Paris 5e. Museum d’histoire naturelle

Franco Bellucci - Beau comme...

Franco Bellucci (né en 1945) a 7 ans lorsqu'il est interné à l'asile de Volterra (Italie) suite à une lésion cérébrale grave qui le prive de la parole. A partir de 1999, il réside au sein des salles ouvertes du centre hospitalier Basaglia à Livourne.

Doté d'une force hors du commun — il est notamment connu pour avoir arraché les radiateurs des murs de sa chambre à Volterra —, Franco Bellucci crée ses propres jouets au moyen de matériaux échoués ou glanés ici et là: bouteilles en plastique, jouets, cables électriques, chaussettes et lacets de ses camarades de chambre.

Chez Franco Bellucci, si l'idée de reconstruction, voire de réparation chère à Kader Attia s'impose en premier lieu, elle ne peut suffire dès lors que l'on connaît le processus d'élaboration de ses œuvres. En effet, comment ne pas être saisi par le rituel immuable de Franco Bellucci, tenant serrés contre son ventre les objets qu'il lie, tord, malaxe, meurtrit et recompose.

En fabriquant des chimères, il métaphorise sa lutte contre la fragmentation tout en conférant à ses objets un pouvoir absolu de recréation. «Beau comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie.» (Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror)

Franco Bellucci
Beau comme...
17 oct.-21 nov. 2015
Paris 3e. Galerie Christian Berst Art brut

Hassan Musa - Yo Mama

Ernst Bloch aurait été heureux de rencontrer Hassan Musa. Lui qui, dans L'esprit de l'utopie, se navrait de constater, déjà, l'impuissance dans laquelle s'enfonçait la société humaine. La main d'Hassan Musa n'a pas cessé de bricoler. L'esprit d'Hassan Musa n'a pas oublié le jeu. Mais pour jouer, il faut avoir cette distance ironique qui permet de rire de tout, mais avec n'importe qui. Il faut regarder le monde avec les yeux d'un fou ou d'un enfant, parce que «la vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant s on heure sur la scène et qu'ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien.» (Macbeth acte V scène V)

Macbeth n'est pas fou bien sûr. Et les histoires qu'il raconte, contrairement à celles des marchands de vérité qui polluent nos esprits, sont des histoires sérieuses. Mais plutôt que de les faire passer pour des axiomes, il en fait des contes. Parce que le fou est un être humble qui n'entend rien imposer à personne. Hassan Musa n'a pas oublié la grandeur des petites mains, la modestie du labeur artisanal que suppose tout bricolage. Et à travers ce bricolage-là, c'est notre monde contemporain que Musa passe régulièrement au crible, avec des techniques très anciennes.

J'aime, et cela me fait sourire, à le mettre sous la garde tutélaire de trois femmes. Trois femmes qui, comme les histoires qu'il nous révèle, sont vraies, parce que quelqu'un les a créées. Hassan Musa serait donc une Pénélope qui tisserait des milles et une nuit de tous les temps et de toutes les géographies, avec du fil d'Ariane.

Les trois mythes rassemblés donnent une résonance particulière à ce travail; Shéhérazade, Pénélope et Ariane, travaillaient contre le temps. Ou du moins, tentaient-elles, avec chacune les armes en sa possession, de l'altérer. De fabriquer une hétérochronie dont dépendaient leurs vies. Ce même temps est à l'œuvre dans le travail de Hassan Musa et les événements ou les personnages qu'il croque, fussent-ils Obama ou Poutine, se transforment par son regard, en personnages d'une fiction contemporaine à laquelle est soumise notre humanité.

Il est un autre fou auquel me renvoie ce travail qui, au-delà de sa plastique, est une réflexion ontologique sur notre devenir: Moha. Et comme le personnage de Tahar Ben Jelloun, Hassan Musa pourrait dire: «Je suis nu devant les hommes et devant l'époque, face à la mer, face au feu qui vous menace, moi le sage, l'homme perdu, l'homme possédé par les djinns (mais qu'on n'ose pas enfermer parce que j'ai des liens secrets avec tous les magiciens de l'Inde et des pays enfouis sous les terres), moi, j'ai honte et je ne sais quoi faire de plus que de me déshabiller dans cette banque et vous montrer la gale sur ma peau, cette gale c'est la honte que j'ai de vous et j'ai peur, peur pas pour ma petite vie qui a dormi un siècle et s'est réveillé à temps, mais j'ai peur de vous voir pendus à l'aube de tous les massacres, vous vous pendrez les uns les autres car vous ne saurez pas d'où vient le vent de la démence qui vous emportera comme un rire les nuits d'hiver…» (Tahar Ben Jelloun, Moha le fou, Moha le sage, Seuil, Paris, 1980).

Simon Njami

Hassan Musa
Yo Mama
22 oct.-28 nov. 2015
Paris 3e. Galerie Maia Muller

dimanche 18 octobre 2015

YOUNG INTERNATIONAL ARTISTS ART FAIR (YIA) - CARREAU DU TEMPLE. PARIS, LE MARAIS - DU VENDREDI 23 AU DIMANCHE 25 OCTOBRE

YIA ART FAIR #05, UN SALON D’ART CONTEMPORAIN DÉCIDÉMENT TOURNÉ VERS L’ÉMERGENCE ET L’INTERNATIONAL
Fondé en 2010 par Romain TICHIT, le salon international d’art contemporain YIA ART FAIR fête cette année sa cinquième édition et ré-ouvre à cette occasion ses portes du jeudi 22 au dimanche 25 octobre 2015 pendant la semaine de la FIAC et de l’OFFICIELLE dans le cadre exceptionnel de la halle du Carreau du Temple (2000 m2 d’exposition), au cœur de Paris dans le quartier du Marais.

Orienté depuis sa création sur la découverte de la scène contemporaine émergente, le salon YIA ART FAIR s’impose cette année encore une fois comme le salon satellite à Paris.

Pendant 4 jours, le salon international d’art contemporain YIA ART FAIR accueillera un public estimé à plus de 20 000 personnes (professionnels de l’art, collectionneurs, artistes, amateurs d’art et curieux) pour présenter les œuvres de plus de 200 artistes défendus par une sélection triée sur le volet de 65 galeries françaises et internationales (16 nationalités invitées : France, Allemagne, Roumanie, États-Unis, Japon, Chine, Suisse, Belgique, Italie, Royaume-Uni, Géorgie, Slovaquie, République Tchèque, Lituanie, Israël, Pays-Bas).

YIA ART FAIR, C’EST AUSSI UN PRIX POUR L’ART CONTEMPORAIN
Mise en place autour d’un collège critique d’envergure, la seconde édition du Prix YIA ART FAIR pour l’art contemporain récompensera lors du salon le statement d’une galerie invitée. Le Lauréat sera révélé le jeudi 22 octobre 2015 lors du vernissage.
L’an dernier, le Prix a été décerné à trois artistes pour la qualité de leurs oeuvres: Gabrielle Conihl de Beyssac (Galerie Maubert, Paris), Sara Favriau (Galerie Maubert, Paris), Josué Rauscher (Galerie Marine Veilleux, Paris).

LE CARREAU DU TEMPLE. PARIS (LE MARAIS)
4, rue Eugène Spuller
75003. Paris, Le Marais
www.carreaudutemple.eu

OUVERTURE AU PUBLIC
Vendredi 23 octobre 2015 > 12h à 20 heures.
Samedi 24 et dimanche 25 octobre 2015 > 10h à 20 heures.

TARIFS
Tarif plein, 15 € / Tarif réduit*, 8 €
Gratuité pour les enfants de moins de 12 ans, les personnes à mobilité réduite et les titulaires de la carte VIP FIAC. Vestiaire, 2€ par article.
* Moins de 18 ans, Étudiants, Titulaires de la carte «Maison des artistes», galeristes, institutions et professionnels de l’art (sur présentation d’une carte de visite), groupes de plus de 10 personnes.

lundi 12 octobre 2015

EXPOSITION BASTIEN AUBRY & DIMITRI BROQUARD : GITANE À LA GUITARE

Jusqu’au 18 octobre, la Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne présente une exposition de Bastien Aubry et Dimitri Broquard, intitulée Gitane à la guitare.
Croisant les champs de l’artisanat, du design, du graphisme et des arts plastiques, les œuvres de ce duo d’artistes s’inspirent de la culture populaire, de l’art brut, des objets du quotidien, et jouent de façon jubilatoire l’interaction des matériaux et des formes.
Laissant visible le faire, leurs réalisations célèbrent la poésie de l’échec et la beauté du moins-que-parfait. Avec humour et parfois quelques grincements de dents, l’exposition propose un parcours dans un univers où les objets — parfois difformes — sont dysfonctionnels, où les équilibres sont instables et où les formes s’épanchent et sortent du cadre.

Pour ce projet inédit, Bastien Aubry et Dimitri Broquard ont conduit des recherches dans les archives de la Bibliothèque Smith-Lesouëf de la Maison d’Art Bernard Anthonioz (MABA), et ont réagi au contexte du lieu. Ils se sont ainsi plus particulièrement attachés à ses liens anciens et actuels avec la création artistique. Ils mettent à l’épreuve du monde contemporain une certaine vision romantique de l’art et de la peinture — aujourd’hui passée de mode — qui transparaît aussi bien dans les œuvres de Madeleine Smith (dernière occupante de la demeure où est installée la MABA) que dans celles des anciens résidents de la Maison Nationale des Artistes (maison de retraite pour artistes).

Bastien Aubry et Dimitri Broquard se rencontrent à l’École d’Art de Bienne (Suisse) dans les années 90, où ils apprennent les bases strictes du graphisme suisse et les joies de l’expérimentation visuelle. En 2002, ils fondent à Zurich le studio de graphisme FLAG qui réalise alors divers projets dans le domaine culturel, tels que affiches, magazines, illustrations. Depuis 2007, les artistes s’affichent sous leurs vrais noms, dans une démarche plastique qui privilégie de plus en plus l’installation.

La Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP) a ouvert en 2006 à Nogent-sur-Marne la Maison d’Art Bernard Anthonioz (MABA), centre d’art destiné à promouvoir et diffuser la création contemporaine, à encourager l’émergence de projets expérimentaux. La Fondation y organise 5 expositions par an principalement autour de la photographie et du graphisme, mais accueille aussi d’autres propositions plastiques qui interrogent l’histoire ou la mémoire, le territoire et l’environnement, ou encore la représentation cinématographique. La Maison d’Art Bernard Anthonioz est membre du réseau Tram Ile-de-France.
(Les photos de l'exposition sont dues à Romain Darnaud)

Maison d’Art Bernard Anthonioz
16, rue Charles VII
94130 Nogent-sur-Marne

Ouverture
— Les jours de semaine de 13h à 18h
— Les samedis et dimanches de 12h à 18h
Fermeture
— Les mardis et les jours fériés
Entrée libre

jeudi 8 octobre 2015

Aids 3D, Ed Atkins - Co-Workers. Le réseau comme artiste

Le musée d'Art moderne de la Ville de Paris présente à l'ARC, «Co-Workers. Le réseau comme artiste», une sélection d'artistes internationaux formés dans les années 2000 qui renouvellent les processus de création autour d'une pratique essentiellement en réseau. Mise en scène par le collectif new-yorkais DIS, cette exposition fait émerger un langage inédit inspiré des ressources d'Internet.

A l'initiative du musée d'Art moderne, «Co-Workers» se déploie sur deux lieux, selon deux propositions: «le réseau comme artiste» à l'ARC et «Beyond Desaster» à Bétonsalon.

Dans un monde bouleversé par la troisième révolution industrielle, l'utilisation d'Internet et des supports de téléphonie mobiles a engendré un nouveau mode de communication lié à un flux constant d'informations. L'individu est à la fois indépendant et relié à des réseaux multiples: professionnels, techniques, artistiques, culturels, au-delà de toute limite géographique. Cette organisation est symptomatique de ce que le sociologue Barry Wellman appelle «l'individualisme connecté».

Ce qu'on nomme aujourd'hui The Internet of Things (l'Internet des choses), renvoie à l'idée que l'être humain n'est plus le seul sujet pensant mais que les objets qui l'entourent, composent un environnement intelligent qualifié d'Ambient Intelligence (Ambiance intelligente).

Au travers d'installations, de vidéos, de sculptures, de peintures, les artistes explorent cette complexité d'échanges qui dépasse l'échelle humaine. Ils s'intéressent à la manière dont l'intelligence et la conscience peuvent s'étendre aux machines, aux animaux, aux organismes vivants.

Dans une société caractérisée par l'accélération des données et l'omniprésence de l'image, les artistes s'inscrivent dans une culture de la visibilité, où les limites entre sphères privées et publiques s'estompent, où l'intimité devient «extimité».

Pour concevoir la mise en scène de l'exposition, le collectif DIS, connu notamment pour leur plateforme liftestyle Dis Magazine, s'inspire des espaces de travail collectif, des centres commerciaux, des zones de transit d'aéroport. L'exposition prend ainsi la forme d'un réseau associant œuvres, installations interactives et performances. Elle inscrit le musée dans un monde de flux et de circulation.

Les thèmes abordés dans l'exposition feront l'objet de conférences et de rencontres au sein de The Island (Ken), un espace entre cuisine et salle de bain, spécialement conçu par DIS et coproduit avec le New Museum de New York.

Parmi les artistes invités: Aids 3D, Ed Atkins, Trisha Baga, Ian Cheng, Douglas Coupland, DIS, David Douard, Cécile B.Evans, GCC, Parker Ito, Mark Leckey, Clémence de La Tour du Pin, Shawn Maximo, None Futbol Club, Aude Pariset, Rachel Rose, Hito Steyerl, Timur Si-Qin, Ryan Trecartin, Anicka Yi, 89+…

Aids 3D, Ed Atkins
Co-Workers. Le réseau comme artiste
09 oct.-31 janv. 2016
Paris 16e. Musée d’art moderne de la Ville de Paris

lundi 5 octobre 2015

L’ORDRE DES LUCIOLES > JUSQU’AU 31 OCTOBRE 2015 EXPOSITION DU 17e PRIX FONDATION D’ENTREPRISE RICARD

La Fondation d’entreprise Ricard a confié la sélection des artistes du Prix Fondation d’entreprise Ricard à Marc-Olivier Wahler :

«Le Prix Fondation d'entreprise Ricard 2015 ouvre des champs de recherches qui semblent à première vue très éloignés les uns des autres, mais qui se révèlent irrigués par d'insolites systèmes de correspondances. Des milliers de lucioles émettent de la lumière bioluminescente à intervalles réguliers. Elles clignotent à l'unisson au même rythme que les stridulations de centaines de criquets et de métronomes. Cette expérience de synchronicité fait écho aux battements de cœur que chaque visiteur perçoit lorsqu'il plonge dans des eaux où des poèmes "aquatiques" sont diffusés. Ces eaux bordent une île que des chercheurs ont tenté de capturer dans son intégralité. Etait-ce pour mieux camoufler un laboratoire secret équipé pour extraire des substances précieuses de nos rebuts informatiques? Ou pour planifier dans le plus grand secret un véhicule voué à générer sa propre destruction? Ces champs de recherches dévoilent d'étonnantes perspectives sur la manière dont les objets qui constituent notre monde se connectent, se synchronisent et s'influencent réciproquement».

Remise du 17e Prix Fondation d'entreprise Ricard

Le Prix Fondation d'entreprise Ricard sera remis le 23 octobre prochain. Ce Prix est décerné par un jury de collectionneurs, amis des grands musées d’art contemporain, et des commissaires des précédentes expositions du Prix Fondation d’entreprise Ricard. Il consiste en l'achat d'une œuvre au lauréat. Cette œuvre est ensuite offerte au Centre Pompidou qui la présente dans ses collections permanentes.
La Fondation d’entreprise Ricard renforce la dotation du Prix en finançant également la réalisation d’un projet personnel du lauréat à l’étranger.

Fondation d’entreprise Ricard. 12, rue Boissy d’Anglas. 75008 Paris
www.fondation-entreprise-ricard.com
Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 19h

jeudi 24 septembre 2015

Amélie Labourdette - Empire of dust

«De manière récurrente, j'interroge, à travers mon travail photographique, ce qui dans le paysage est à priori invisible, un paysage situé en dessous du paysage visible, qui n'est pas donné dans un premier regard. Le paysage nous renvoie à quelque chose de la mémoire collective et individuelle. Il est reflet de l'histoire, d'une époque, ainsi que de notre imaginaire. Je construis et je réalise mes projets photographiques sur la base d'un état de choses existantes et en étroite relation avec l'idée du territoire car c'est du paysage et de cette «archéologie du présent», dont je souhaite parler avant tout.» (Amélie Labourdette)

Empire of dust est une série de photographies réalisées au sud de l'Italie où les crises et détournements financiers ont fait de l'inachèvement une esthétique architecturale. «Il s'agit pour [Amélie Labourdette] de trouver le juste point de conjonction entre une approche de distanciation réflexive et l'expérience de «l'indétermination», de ce qui se dérobe à nous.»

L'esthétique est particulièrement travaillée bien que non maniériste, l'artiste «ne succombe pas à la fascination fétichiste que les bâtiments exercent généralement sur les architectes et les photographes d'architecture. [Elle] cadre [ses] images de manière à ce que les constructions inachevées fassent partie du paysage sans le dominer. Partout, le sol et le vide sont présents, signifiants, à la fois.»

L'architecture qui pourrait être le sujet photographique constitue un élément de territoire. Amélie Labourdette déjoue la temporalité de la prise de vue. L'instant de captation s'étire jusqu'à devenir une période éthérée créant un sentiment d'irréalité; dans un statisme absolu, la lumière opaque, dense, et l'absence d'ombres réalisent un glissement de la stratification temporelle du paysage qui contient préludes du passé, indices du présent, et stigmates du futur.

Tout élément qui pourrait paraître narratif — comme une figure humaine — est éludé; toute personnalisation anecdotique est supprimée afin de conserver cette ambiguë universalité. Ces photographies affirment une réalité présente et non immédiate au premier regard, dans un entre-deux au revers de l'évidence et néanmoins manifeste.

La pratique d'Amélie Labourdette manie tant le protocole artistique — inspirée par la photographie objective allemande — que la subjectivité plastique — influencée par la peinture romantique. Le medium photographique sert les regards que l'artiste porte sur le monde, elle déploie les possibilités pratiques de cette technique sans enfermer ses productions dans la performance technologique.

Amélie Labourdette interroge les valeurs documentaire, fictionnelle et esthétique induites par ses photographies. Ses créations jouent du trouble entre la réalité du lieu photographié et le réel construit par sa prise de vue. Nous voyons ce qui a été capturé. «Il est étrange de voir comment la réalité n'est pas tout à fait ce qu'elle figure être...»

Amélie Labourdette
Empire of dust
11 sept.-11 oct. 2015
Nantes. Galerie RDV

Julien Dubuisson, Ibai Hernandorena - L'Après-midi

L'Après-midi vise à restituer et à confronter les expériences individuelles aussi bien que collectives de quatre artistes résidant à la Villa Arson, dans le cadre du programme de troisième cycle «5/7 Pratique | Production | Exposition». Mathieu Mercier, artiste et commissaire invité, met en lumière la singularité de chacun tout en tirant les fils qui les ont rapprochés le long de leur aventure commune durant deux années. Chacun des artistes entretient un rapport particulier à l'histoire, qu'il soit généalogique, culturel ou fictionnel. C'est ainsi que leurs œuvres rejouent souvent des épisodes de la modernité dans le contexte contemporain.

Julien Dubuisson, né en 1978, développe une approche sculpturale qui questionne les conditions d'apparition des formes et les systèmes de pensée qui les précèdent. Ses créations adoptent des morphologies parfois difficiles à appréhender, en cela elles s'extirpent de toute interprétation s'appuyant sur d'éventuels prérequis. Ibai Hernandorena, né en 1975, conçoit des sculptures parfois imposantes, mais toujours sujettes à une forme de fragilité, ce qui lui permet entre autres d'interroger les utopies modernistes qui érigent et solidifient les époques, alors qu'elles ont fini par s'effondrer. Née en 1977, Lidwine Prolonge développe un travail oscillant entre performances, événements et archives, en s'appuyant sur des fictions qui altèrent notre conception du temps et de l'histoire, puis du réel. Enfin, Jean-Charles de Ouillacq, né en 1979, s'interroge sur le statut de l'image et sur ses intrications avec les apparences. Ici aussi, la réalité semble constamment devoir être réinterrogée, au risque d'être déjouée.

Chacun des artistes déploie un rapport singulier à l'égard d'une histoire qui se délite, car elle s'inscrit dans une forme de doute ou de remise en cause. Chacun d'eux s'intéresse explicitement à l'époque de la modernité car elle représente l'Histoire et un réservoir d'histoires pour eux qui, ayant grandi dans l'ère du post-moderne et de ses séquelles, forment la génération d'après.

Aussi le terme Après-midi renvoie-t-il à la lancinance souvent heureuse et parfois mélancolique d'un moment intermédiaire, là où le jour est déjà bien entamé et où pointe la perspective d'une fin prochaine. En plus de souhaiter situer géographiquement leur travail dans ce midi de la France auquel appartient la ville de Nice, les artistes aspirent en effet à s'inscrire temporellement dans l'après que constitue le troisième cycle de la Villa Arson, représentatif pour leurs études et leur carrière.

C'est ainsi qu'ils ont participé durant deux ans à un programme de recherche et de production crée en 2013 et intitulé 5/7. Pascal Pinaud et Joseph Mouton, respectivement artiste et poète, tous deux professeurs à la Villa Arson, codirigent le projet. Durant leur longue résidence, ils ont pu profiter des infrastructures de l'école et du centre d'art comme de l'expertise des intervenants invités ad hoc. Mathieu Mercier a accompagné ces quatre artistes et conçu avec eux une exposition qui, respectant avant tout chaque individualité artistique, montre aussi le terrain commun de leur confrontation.

Julien Dubuisson, Ibai Hernandorena
L'Après-midi
04 oct.-28 déc. 2015
Nice. Villa Arson

Christophe et Marie Berdaguer & Péjus - Centrale spirale

Christophe Berdaguer (né en 1968) et Marie Péjus (née en 1969) réalisent depuis les années 90 une œuvre plastique qui explore les rapports psychologiques et physiques entre l'être humain, l'architecture et l'environnement. Utilisant des médiums variés (vidéo, installation, sculpture), ils proposent une relecture du monde dans sa relation à l'homme au filtre de savoirs scientifiques comme la psychiatrie, la chimie ou la sociologie.

Récemment exposés au Palais de Tokyo, lauréats du Prix de la fondation Ricard, ils présentent cet automne à La Maréchalerie une exposition inédite et immersive intitulée «Centrale spirale». Neutralisant l'architecture prégnante du lieu, l'espace d'exposition du centre d'art est également rendu hermétique à la lumière du jour et coupe ainsi les visiteurs de la réalité extérieure.

Composée d'un dialogue entre trois œuvres, «Centrale spirale» fait expérimenter aux visiteurs différentes temporalités qui s'entrecroisent, dialoguent et/ou s'affrontent, à travers le spectre de la lumière.

Dans l'espace principal, l'installation monumentale 40 soleils immerge le visiteur d'une lumière intense et démultipliée. 40 tubes fluorescents suspendus tournent lentement sur eux-mêmes, déstabilisant le corps du visiteur dans sa déambulation. Ces «soleils» génèrent de manière artificielle le spectre lumineux journalier et donnent à voir une lumière figée, et un temps gelé que seul leur lente rotation vient perturber.

En écho, Berdaguer & Péjus présentent l'œuvre vidéo Timezone (2010). Elle met en scène un homme marchant en cercle dans un sable gris. Montée à l'envers, la vidéo hypnotise et donne à voir l'impossible, le sable petit à petit se contraste et se sépare en deux tas distincts, un noir et un blanc. A travers ce personnage devenu horloge humaine, les artistes remontent le temps.

Seule source lumineuse de l'espace, Timezone éclaire un empilement de capsules qui tournent également sur elles-mêmes. Cette maquette totalement opaque, sans ouverture sur l'extérieur est inspirée des expériences constructives d'architecture rotative. Telle une machine célibataire, fermée sur elle-même, une architecture négative, elle répond à l'installation 40 soleils et fait écho à une architecture du futur inspirée du bunker et des métabolistes japonais (mouvement architecturale des années 60 qui imaginait la ville du future flexible, extensible et organique).

L'architecture virtuelle créée par la lumière d'une part est paradoxalement dans cette œuvre ici solidifiée au sein de la maquette en créant un dispositif de protection et d'opacité maximale, une matrice permettant au corps de se protéger de la lumière.

Avec l'exposition «Centrale spirale», Berdaguer & Péjus entraînent les visiteurs au sein d'une spirale temporelle et spatiale où l'énergie, le mouvement et le temps sont désynchronisés, tout comme les échelles et la spatialité. Le premier espace propose de pénétrer une architecture en mouvement et en lumière, le second présente une maquette d'une architecture totalement opaque, matérialisation miniature de l'espace que l'on vient de traverser. Le spectateur devient ainsi un élément de ce dispositif voire un engrenage, un connecteur synaptique participant à ces flux d'intensité et de cette machine désirante, fragmentée, décomposée.

Christophe et Marie Berdaguer & Péjus
Centrale spirale
03 oct.-13 déc. 2015
Versailles. La Maréchalerie

lundi 21 septembre 2015

Karen Swami Céramiques - Jusqu'au 3 octobre 2015 Galerie Minsky

Après le Salon Révélations, la Galerie Minsky présente jusqu'au 3 octobre les céramiques de l’artiste française Karen Swami. Terres enfumées, Kintsugi, Biscuits de porcelaine, Grès émaillés, Faïences... les oeuvres de Karen Swami nous plongent dans la contemplation. Leurs formes épurées, tout en élégance, qui subliment la matière, invitent notre regard dans un voyage intemporel et universel passant de la modernité au passé lointain de l'artisanat antique.

Parallèlement à son activité dans la production de longs métrages, Karen Monluc est Karen Swami, lorsqu’elle est céramiste. Initiée par Christa de Copet à l’Atelier de la Terre d’Argile, puis formée au tournage par Thierry Fouquet, Karen se passionne pour la céramique depuis toujours. Se concentrant à la fois sur la forme et la matière, elle recherche avant tout la pureté de la ligne et les maîtres asiatiques la fascinent. Connaissant les céramiques du Musée Guimet presque par coeur, l'artiste ne cesse d’en revisiter les formes et d’en découvrir les mystères.

Galerie Minsky
37, rue Vaneau - 75007 Paris
Ouverture du mardi au samedi : de 10 h 30 à 13 h et de 14 h à 19 h.
http://www.leonor-fini.com
http://www.galerieminsky.com

vendredi 18 septembre 2015

Antoine Wagner - Cadences

Tout le travail d'Antoine Wagner (arrière-arrière-petit-fils de Richard Wagner) depuis une dizaine d'années pourrait se lire comme une suite d'explorations du geste musical. Ses projets, tels que Lisz[:T:]rau ou Wagner: Common Denominator, sont marqués par cette envie de se confronter de façon formelle à la fabrication de la musique.
Avec l'exposition «Cadences» à La Filature, il propose aujourd'hui d'aller beaucoup plus loin dans sa démarche: il présente des œuvres dans lesquelles il épouse les jeux de courbes et de lignes de partitions de musique classique en s'attachant à retrouver l'essence du compositeur. En parallèle, il montre des photographies de paysages dans lesquels il s'est attaché à retrouver les mouvements de plusieurs partitions qui font partie de son imaginaire depuis l'enfance. Cet ensemble cohérent se distingue par cette même recherche de la sensualité du geste créateur et son inscription dans une réalité, celle de la nature.

«À bien des égards, le travail d'Antoine Wagner pourrait se lire comme celui d'un compositeur qui verrait le monde à travers une portée de notes. En réalité, le jeune photographe, vidéaste et installateur, va chercher dans le monde la musique de cette partition imaginaire — ou pas tout à fait — qui est au cœur de tout son processus de création.

Sa fascination pour le geste musical est une des données centrales de son travail. L'un de ses premiers projets, Lisz[:T:]rau, est né de cette volonté de recréer un moment éphémère dans le parcours artistique du compositeur, mais surtout de retrouver son rapport à l'instrument.
Cette généalogie de la sensation l'a conduit de Raiding à Luxembourg, et de Luxembourg à Bayreuth. Antoine Wagner filme alors simultanément trois pianos, marquant trois temps de la vie de Franz Liszt, sa genèse d'artiste, l'apogée de sa carrière et sa mort. Pour la première fois depuis près de cent cinquante ans, la pièce créée pour trois instruments, dont nombre de feuilles ont mystérieusement disparu, est rejouée.
La détermination d'Antoine Wagner a eu raison des réticences des conservateurs qui acceptent tous de prêter ces trois instruments, pièces de musée, mais surtout des contraintes techniques. Des procédés de pointe sont alors utilisés, permettant de transmettre son et image au millième de seconde, pour ne pas entraver l'élan des trois pianistes qui jouent en regard. Encore une fois le respect pour la main du musicien…

Cette magie du médium habite d'ailleurs la plupart des réalisations de Wagner, qui paradoxalement délaisse volontiers la pellicule pour le film, ou inversement. Le goût pour la matière contribue peut-être justement à ce désir d'explorer également les possibilités de l'interaction de la photographie ou du film avec des lieux choisis. Lorsqu'il expose devant Bayreuth des caissons lumineux avec ses images des paysages suisses où Richard Wagner a composé le Ring, il manifeste clairement une envie de prolonger l'échange entre le papier glacé et la musique. Cette fois-ci, le papier glacé invite la musique, alors que c'était justement elle qui l'avait guidé dans les cimes alpines.

L'attrait pour le moment de création a sans doute participé de la genèse du projet Wagner : Common Denominator, tout comme l'appétence pour documenter, et donc transmettre. Or, l'ensemble des photographies relève ici moins le besoin de raconter l'exil de Richard Wagner ou l'enchantement devant des paysages extrêmes, que la façon dont Antoine Wagner a livré sa sensibilité en se plongeant physiquement et artistiquement dans cette musique. Le jeune homme offre l'impression d'être allé chercher dans le paysage sa propre émotion musicale, ou plutôt d'interpréter en images le trouble dont Parsifal ou Tristan et Isolde l'enveloppent.

Ce don qui consiste à traduire une idée, tant de la note au tableau que d'une langue à une autre, lui a d'ailleurs permis d'adopter très tôt le costume de spectateur privilégié. Son inclinaison pour suivre le tâtonnement et le questionnement du créateur naît sans doute lorsqu'il est choisi par Michael Haneke pour être son interprète en anglais sur le tournage américain de Funny Games. Très discrètement, Antoine Wagner fait de même en se glissant dans la caravane de Phoenix pendant plus d'un an. Le documentaire présenté à DocLisboa, avant d'être diffusé par Arte, rend sans doute moins compte des synergies du groupe dans ses studios d'enregistrement que du pouvoir de la scène sur chacun des musiciens, sur les musiciens ensemble et sur la musique elle-même. Il serait tentant de voir le film comme une interrogation de l'auteur sur la transformation de la musique ou sa théâtralité, dès lors qu'elle est présentée dans un espace scénique.

Le jeune artiste se nourrit continuellement de cet échange avec le praticien de la musique. La cinquantaine de clips qu'il a signés sont autant d'actualisations de cette question du magnétisme du son sur ses images. L'expérience de ce dialogue lui permet d'avancer pas à pas dans sa démarche, une démarche dont la cohérence est surprenante. Antoine doit certainement son aisance à faire son miel de chacun de ces projets à sa façon bien à lui de les traiter selon une esthétique commune, une faculté qu'il doit sans doute à son passage chez Bob Wilson.
À l'âge de vingt-trois ans, Antoine Wagner a en effet poussé les portes du prestigieux Watermill Center en prétextant vouloir sculpter un monde avec la lumière. S'il apprend à en maîtriser parfaitement les effets et les ambiguïtés, il acquiert plus que tout la conviction que mettre en scène la musique peut prendre mille formes [...]»

Carole Blumenfeld

Antoine Wagner
Cadences
12 sept.-25 oct. 2015
Mulhouse. La Filature

Ghyslain Bertholon, AJ Dirtystein - Cannibalisme, Animalisme

Depuis le Néolithique, la domestication des plantes et des animaux a joué un rôle fondateur dans l'évolution de l'humain. Apprivoisé, dompté, contrôlé, le règne animalier a servi autant les intérêts économiques que l'individualisme de l'homme, qui alors se sédentarise, et s'installe comme maître et possesseur de la nature.

Parce que la façon avec laquelle on traite les animaux n'est pas sans rapport avec celle avec laquelle on traite l'Autre, le monde occidental a opéré une séparation entre les hommes. En maintenant l'idée d'une dualité indépassable, c'est finalement l'humain qui s'est dressé lui-même. Que l'Humanisme ait été une manière de le sortir de sa condition sauvage semble, au fond, avoir produit les effets inverses: les stratégies d'élévation ont conduit à des pratiques d'élevage, et ont placé l'homme au centre de tendances qui le bestialisent et l'apprivoisent; qui le cannibalisent.


C'est pourquoi il est temps de revenir sur le concept d'animalité, et sur ce qui, en lui, résiste à la bêtise humaine. Car si le mot bêtise se réfère à l'animal, seul l'homme peut être bête ou faire preuve de bestialité. Le moment serait donc venu de considérer la fin des humanismes et d'envisager l'opérabilité d'un animalisme.


Or n'est-ce pas à l'intérieur des espaces domestiques, là où le foyer et l'intime prennent la forme d'une éducation au quotidien, que doivent s'expérimenter les conditions d'une «dé-domestication»?

Dans les couloirs d'un appartement bourgeois, à l'ambiance feutrée et aux murs de velours, les œuvres côtoient le mobilier de même que les instruments d'un cabinet médical. De cette atmosphère proche de la chambre de merveilles, l'exposition «Cannibalisme <> Animalisme» initie un retour à la pensée sauvage. Elle ne se propose pas d'ajouter une contribution à celles, nombreuses, visant à comprendre ou à déplacer le clivage homme/animal. Elle veut, au contraire, tracer les lignes d'un animalisme, retrouver la continuité par laquelle peut émerger un acte de résistance; mieux, un mouvement subversif, voire révolutionnaire.

Une proposition de Julien Verhaeghe et Marion Zilio

Ghyslain Bertholon, AJ Dirtystein
Cannibalisme, Animalisme
24 sept.-27 sept. 2015
Paris 8e. Galerie Anne Perré

Dominique Gonzalez-Foerster - 1887 - 2058

Le Centre Pompidou consacre à l'œuvre de Dominique Gonzalez-Foerster une exposition à caractère prospectif et rétrospectif qui met en correspondance une trentaine d'œuvres dans un labyrinthe d'environnements, de chambres et de passages, et investit plusieurs espaces du Centre Pompidou.

«Dominique Gonzalez-Foerster, 1887-2058» déploie dans l'espace une «timeline» ouverte, qui s'étire entre 1887 et 2058, et étend l'idée de rétrospective en conjuguant plusieurs siècles et climats. L'exposition trouve son origine à la fin du 19ème siècle, traverse les expériences du 20ème siècle et projette le spectateur dans des paysages et des intérieurs, tour à tour tropicaux et désertiques, biographiques et dystopiques.

Cet ensemble de réalités parallèles et d'espaces scéniques — où coexistent les genres du paysage, du portrait et des chambres d'époque — devient une demeure fictionnelle aux multiples entrées, construite pour expérimenter les sensations d'intérieur et d'extérieur, d'absence et de présence, les notions d'identité et de fiction, le moment présent et le voyage dans le temps.

Parfois scènes, terrains de jeu ou récits introspectifs, les chambres, les films et les apparitions de Dominique Gonzalez-Foerster s'élaborent à partir d'une mémoire vivante du cinéma, de la littérature et des structures ouvertes de l'architecture et de la musique comme autant de manières d'explorer les limites et les possibles du champ artistique.

A la manière d'un opéra ou d'une comédie musicale, l'exposition fait apparaître toutes sortes de présences cinématographiques, littéraires et scientifiques qui en font un monde hétérogène et multiple habité de sensations, de récits et de citations. Cette exposition constitue à la fois une identification de l'artiste, de l'œuvre et du spectateur.

Cette monographie consacrée à l'œuvre de Dominique Gonzalez-Foerster, artiste majeure de la scène internationale contemporaine dont le commissariat est confié à Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz, s'inscrit dans la série des rétrospectives consacrées aux figures de l'art actuel (Philippe Parreno, Gabriel Orozco, Pierre Huyghe...). D'une ampleur sans précédent, elle est une étape essentielle pour la présentation de l'œuvre de Dominique Gonzalez-Foerster, après l'exposition monographique présentée en 2007 au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, ses expositions personnelles à la Tate Modern en 2008 ainsi qu'au Palacio de Cristal à Madrid, dont l'organisation était assurée par le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, en 2014, et le cycle d'apparitions programmé durant la semaine d'ouverture de la Fondation Louis Vuitton en 2014.

Dominique Gonzalez-Foerster
1887 - 2058
23 sept.-01 fév. 2016
Paris 4e. Centre Pompidou

jeudi 17 septembre 2015

Le Havre en noir et blanc - Bernard Plossu

Le MuMa - Musée d'art moderne André Malraux du Havre présente à partir du 10 octobre 2015 une exposition du photographe français Bernard Plossu. Riche de 104 clichés, Le Havre en noir et blanc est une promenade sentimentale au cœur de cette ville bombardée puis reconstruite par Auguste Perret à partir de 1945, classée au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'Unesco depuis 2005.

« Revoilà l'arrivée en gare du Havre, à nouveau. Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que j'arrive, ça me saute aux yeux que ça me plaît ! Un coup d'air qui balaye le temps, une ambiance dès qu'on roule sur l'avenue qui longe vers la mer, les gros bateaux qu'on aperçoit, l'architecture si originale ? Mais surtout, surtout, la lumière ! Cette lumière du vent qui chasse les nuages gris, qui amène des averses de pluie torrentielles d'un coup, puis qui fait ressortir un soleil éclatant, en fait, cette lumière changeante d'une grande poésie. »

Artiste voyageur, Bernard Plossu aime le mouvement. Equipé d’un matériel très léger, il photographie dans le train, en voiture, à pied. Son 50 mm, objectif qui se rapproche le plus de l’œil humain, annule tout effet ou déformation et confère aux clichés un caractère « vrai », presque « banal ». Plossu photographie les bâtiments du Havre pour ce qu’ils sont, sans idéalisation ni construction ; les fils électriques, panneaux de signalisation, enseignes et feux tricolores ont donc toute leur place aux côtés de la tour de l’église Saint-Joseph ou de l’hôtel de ville.

« Moi, le photographe au 50 mm en argentique, ce que j’essaye de comprendre et de partager, c’est le mélange de tout ça, l’architecture de Perret, l’arrivée des porte-containers géants, la vue depuis les fenêtres immenses du musée Malraux, et surtout, le bruit des galets quand les vagues les roulent : s’arrêter et les écouter ; il fait bon vivre… »

Peu de nostalgie dans les photographies de Plossu mais des lignes de force et des ombres marquées qui soulignent magistralement l’architecture de Perret. Les 104 photographies présentées au MuMa sont un éclatant témoignage d’affection du photographe pour la ville du Havre.

Bernard Plossu 
Le Havre en noir et blanc
10 octobre 2015 – 28 février 2016
MuMa – Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre

vendredi 11 septembre 2015

René Groebli - Early Works

Cette exposition présente deux séries emblématiques des premiers travaux du photographe suisse René Groebli, né en 1927: «Magie der Schiene» et «Das Auge der Liebe».

Magie der Schiene (la magie du rail) est le premier livre de René Groebli, publié à compte d'auteur en 1949. René Groebli est alors âgé de 22 ans, il commence sa carrière de photographe, voyage régulièrement hors de Suisse et prend le prétexte d'un trajet à bord de l'express Paris-Bâle pour réaliser ce travail personnel.

Dans un style extrêmement audacieux, où l'on perçoit l'influence de la nouvelle objectivité et du Bauhaus et de l'école de Design de Zurich, René Groebli crée une série profondément personnelle. Traversant la banlieue parisienne et la campagne française de l'après-guerre, René Groebli passe de la cabine du conducteur à l'intimité d'un wagon, fixe l'entrée des tunnels ou le tracés des lignes électriques dans le mouvement, photographie le travail des cheminots et les locomotives lancées à toute vapeur.

Par le jeu du grain, du flou et du contraste, et une exploration méthodique de son sujet, René Groebli parvient à restituer la vitesse et le bruit du train, la dureté du métal et l'odeur du charbon, livrant une œuvre expérimentale et radicale autour d'un sujet unique.

De cette recherche esthétique formelle et rigoureuse naît un livre rare, sélection de 14 photographies accompagnée d'un poème d'Albert Ehrismann, un exercice de style exceptionnel pour l'époque qui fait immédiatement entrer son auteur dans la cour des grands. Edité en allemand et en anglais à 1000 exemplaires, encore récemment célébré par Martin Parr dans son Photobook et toujours recherché par les collectionneurs, Magie der Schiene a marqué l'histoire de la photographie.

Dans une approche radicalement différente, qui illustre la liberté de style que le photographe exercera tout au long de sa carrière, Das Auge der Liebe (L'Œil de l'amour) retrace le voyage de noces de René Groebli et de sa femme, Rita, au début des années 50. Le couple s'était marié en 1951, mais le manque d'argent et de temps avait retardé leur voyage de noces. Trois ans plus tard, ils partent enfin célébrer leur amour à Paris et séjournent à Montparnasse dans un hôtel modeste.

Le photographe prendra plus de 300 clichés, au Rolleiflex et au Leica. Le livre, publié en 1954, n'en retient que 25, sélection précise effectuée par René et Rita. Dans un noir et blanc doux et délicat, le photographe réinvente le nu et dévoile les jambes, les seins, le corps de son épouse mais aussi son visage, ses mains et le décor de l'histoire. Dans cette chambre d'hôtel modeste de la France de l'après-guerre : rideaux en dentelle à angelots, lits de fer et papiers peints à fleurs, où s'épanouissent pourtant leurs amours débutantes.

Cette vision sensuelle de l'amour conjugal sera qualifiée à l'époque de pornographie par le journal local zurichois. Pour nous, c'est un poème érotique et sensible: le photographe nous fait entrer dans la chambre à coucher et cette intimité offerte à l'objectif est le plus beau témoignage de son amour.

Cette exposition présente une sélection exceptionnelle de tirages vintage ainsi qu'une édition récente des photographies de ces deux séries, mises à l'honneur par la publication du livre René Groebli, Early Works par les éditions Sturm & Drang.

René Groebli
Early Works
15 sept.-23 oct. 2015
Paris 15e. Galerie Esther Woerdehoff

jeudi 10 septembre 2015

Korea now ! Design, craft, mode et graphisme en Corée

Le musée des arts décoratifs met à l'honneur le design et l'artisanat coréens dans le cadre de l'année France-Corée 2015-2016. Une centaine d'artistes et plus de quatre cents œuvres sont réunies afin de présenter tant l'héritage des techniques anciennes que le renouveau technologique. Les créateurs manient aussi bien la laque, le tissage et l'orfèvrerie que le plastique et la silicone.

La nef du musée est essentiellement dédiée au mobilier, au verre et à la porcelaine. La céramique fait aussi l'objet d'une attention particulière dans les salles longeant les Tuileries où la jeune génération s'inspire de la tradition dans un style plus spontané, libre et épuré. La fin de ce parcours initiatique se termine avec l'évocation d'une maison coréenne Hanok conçue autour du principe du vide, sans portes et avec très peu de meubles, afin de favoriser la mesure et l'harmonie.

L'exposition présente aussi un panorama de la mode coréenne contemporaine, avec plus de cent vingt silhouettes et accessoires. Le travail des stylistes se caractérise par une variété d'inspirations tirées des cultures urbaines et des mythologies contemporaines, allant de la référence aux années 1950 américaines aux citations des mouvements Punk, Hip Hop et bien sûr K Pop. Ce projet ambitionne également de révéler les rapports étroits que les stylistes entretiennent avec leur culture d'origine, une culture riche qui permet l'assimilation de toutes les formes de modernité.

Enfin, une vingtaine d'artistes présentent un travail graphique: affiches sérigraphiées, livres et magazines. Ce volet s'ouvre sur un espace dédié à Ahn Sang-Soo, reconnu comme le père de la discipline. Créateur influent auprès des artistes émergents, il est le premier à avoir fait de l'alphabet hangul son sujet principal. Inspiré par la poésie du mouvement Dada et par le poète moderniste Yi Sang, AHN Sang-soo s'est affranchi des règles normatives de la typographie, en jouant avec la géométrie et l'échelle des lettres, tout en brouillant parfois les codes de la linguistique. Le Hangul, initialement créé comme alternative au chinois au XVe siècle, alors dominant et réservé aux personnes lettrées, est aujourd'hui devenu une référence culturelle et identitaire primordiale.

Cette exposition nous informe sur l'évolution de la tradition coréenne en matière de design et sur l'émergence d'une nouvelle génération innovante durant les trois dernières décennies qui parvient à influencer la scène artistique internationale.

Informations
Musée des arts décoratifs (Paris 1er)
Du 19 septembre au 03 janvier 2015

Hee-Ju Kim, Hyong-Jun Kim
Korea now. Design, graphisme.
19 sept.-03 janv. 2016
Paris 1er. Les Arts décoratifs

mercredi 9 septembre 2015

Alex, une exposition de Pauline Bastard

Poursuivant sa trajectoire auprès des artistes émergents, le Collège des Bernardins et le commissaire Gaël Charbau s’associent aux Audi talents awards pour proposer à l’artiste Pauline Bastard de s’emparer de l’ancienne sacristie. Elle y présentera la première exposition de son projet Alex.

« Alex Todo, 114 rue Villiers de l’Isle-Adam, 75020 Paris ».

Voici une manière possible, parmi tant d’autres, d’exister dans la société ; une preuve de sa présence sur terre. C’est aussi l’une des nombreuses « traces de réalité » qu’a donné Pauline Bastard à Alex, personnage qu’elle a inventé et qu’elle tente d’introduire dans la société. En s’interrogeant sur ce qui constitue l’être, Pauline Bastard entremêle de façon poétique et facétieuse le réel et l’imaginaire, utilise l’invraisemblance qu’elle peut ressentir face à la réalité pour construire des fictions. Son travail s’articule souvent autour d’objets du quotidien récupérés, dont elle révèle le formidable potentiel onirique et les histoires virtuelles qu’ils recèlent.

Pour Alex, comme pour sa précédente pièce Les Etats de la Matière – qui présentait le démantèlement d’une maison dont tous les matériaux étaient dispersés dans la nature environnante – l’artiste documente le processus d’une situation initiale qu’elle invente. Le postulat de départ de ce nouveau projet s’inscrit dans la lignée de ses travaux : vivre une expérience sans trop savoir où cela pourra la mener… et laisser agir l’imprévu. Une autre composante de son travail est d’avoir intégré des personnes dans son dispositif de création, une manière de donner corps à ses idées. Ainsi, pour cette exposition, elle a réuni un groupe de professionnels (une anthropologue, une costumière, une philosophe, un avocat, une scénariste et une psychanalyste) pour penser les actions d’Alex, dont l’identité culturelle, sociale ou administrative se révèle au fil des situations qu’il rencontre.

L’histoire-exposition imaginée par Pauline Bastard montre, à travers une installation composée de vidéos et d’objets, le cheminement du projet, depuis les images du casting d’Alex jusqu’à son organisation à travers les réunions du groupe d’experts. Des scènes de vie sont aussi présentées, le tout formant des couches saturées d’éléments se parasitant les uns les autres, comme les souvenirs. Avec ce dispositif, l’artiste crée un jeu de complicité avec le spectateur, en jouant avec son imagination, son attente et son désir. Elle décortique ce qui constitue une identité, les relations sociales, le « vivre ensemble »… autant de thèmes qui font écho aux réflexions humanistes du Collège des Bernardins.

Alex représente son projet le plus ambitieux et le plus singulier : « Il est la question que je me pose depuis toujours. Comment se construit-on, avec et malgré cette part d’immaitrisable, d’incontrôlable que comporte la vie. A travers cette installation, je partage cette question avec tout le monde. Ce qui est en reste, c’est l’ouverture d’une zone de réflexion ».

L’exposition au Collège des Bernardins sera la première manifestation de cette expérience inédite. Un préquel d’Alex sera présenté parallèlement à la Galerie Eva Hober du 10 octobre au 14 novembre 2015.