lundi 6 juin 2016

NE TE RETOURNE PAS / CARTE BLANCHE À ÉTIENNE HERVY

Jusqu’au 24 juillet, la Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne présente une exposition axée sur le graphisme intitulée «Ne te retourne pas».

Sont présentés :
— des affiches de Pierre Bernard, Paul Elliman, Laurent Fétis, Graphic Thought Facility, Mevis & Van Deursen, M/M (Paris), ou Jan Van Toorn ;
— des journaux de Grapus ;
— des impressions de Syndicat (François Havegeer et Sacha Léopold) en collaboration avec Aurélien Mole ;
— des pochettes de disques par Kiki et Loulou Picasso, Étienne Robial ou Peter Saville ;
— un film de Len Lye.

Cette exposition regarde le graphisme non pas pour en expliciter le fonctionnement dans le cadre de la commande, d’un processus de communication ou d’édition, mais pour sa capacité à animer les interstices de l’attention que le visiteur voudra bien leur porter. Chaque artiste, à sa façon et pour ses raisons, explore une mécanique à deux temps : recto/verso, relation texte/image, série…
Étienne Hervy est commissaire indépendant. Il a été rédacteur en chef de la revue étapes: puis directeur du Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont de 2010 à 2015.

LA FONDATION NATIONALE DES ARTS GRAPHIQUES ET PLASTIQUES (FNAGP)
Elle a ouvert en 2006 à Nogent-sur-Marne la Maison d’Art Bernard Anthonioz (MABA), centre d’art destiné à promouvoir et diffuser la création contemporaine, à encourager l’émergence de projets expérimentaux. La Fondation organise quatre expositions par an principalement autour de la photographie et du graphisme, mais elle accueille aussi d’autres propositions plastiques qui interrogent l’histoire ou la mémoire, le territoire et l’environnement, ou encore la représentation cinématographique. La Maison d’Art Bernard Anthonioz est membre du réseau Tram Ile-de-France.

RENDEZ-VOUS AUTOUR DE L’EXPOSITION
Café-découverte / Dimanche 5 juin à 11h
Découverte de l’exposition à travers un parcours commenté.
Pour bien démarrer la journée, café et chouquettes sont au rendez-vous.

Rendez-vous au jardin / Dimanche 5 juin à 14h30
Franca Malservisi, architecte et historienne de l'architecture, réalisera une visite du parc de la MABA et des ses paysages plantés. Informations et réservations auprès du CAUE du Val-de-Marne.

Concert dans la bibliothèque / Lundi 13 juin à 18h30
Concert des élèves du conservatoire Francis Poulenc de Nogent-sur-Marne dans la bibliothèque
Smith-Lesouëf.

Les petits parcours / Mercredi 15 juin à 15h
Exploration de l’exposition à hauteur d’enfant à travers des activités ludiques et un atelier.
Les petits parcours se poursuivent autour d’un goûter partagé avec petits et grands.

Projection en plein air / Vendr edi 24 juin
Projection du film Mon oncle (1958) de Jacques Tati, dans le parc de la MABA.
Ouverture du parc à 19h.

MAISON D’ART BERNARD ANTHONIOZ
16, rue Charles VII
94130 Nogent-sur-Marne
http://maba.fnagp.fr

Ouverture au public (entrée libre)
Lundi-vendredi : 13h-18h (sauf mardis et les jours fériés)
Samedi-dimanche : 12h-18h

jeudi 12 mai 2016

Toros ou l'histoire d'une vie

Du 13 mai au 30 octobre 2016, le musée international de la chaussure de Romans (Drôme) servira d'écrin à une exposition intitulée Du dessin... à la sculpture. L'histoire de toute une vie, celle du sculpteur Toros et de son cheminement artistique, d'Alep où il est né, à Romans où il a choisi d'habiter.

Plus qu'une rétrospective, il s'agit bien là, en effet, de l'histoire de toute une vie qui n'a rien, du moins à ses débuts, d'un long fleuve tranquille, puisqu'elle commence dans la ville martyre d'Alep, en Syrie, où la famille de Toros, d'origine arménienne, tentera, dignement, de reconstruire sa vie, après avoir été chassée, en 1915, de l'Empire Ottoman.

De ce passé, il ne lui reste plus rien, si ce n'est ce prénom, Toros, dont il signera désormais toutes ses oeuvres, marque indélébile de son combat permanent pour la liberté et contre l'injustice. Un prénom qui n'est pas sans rappeler, il est vrai, le vaillant combattant des arènes mais plus encore chargé de symbole pour qui sait qu'il lui fut donné par son père en souvenir de son propre frère, brûlé vif par les génocidaires de 1915, dans une église où il avait cru trouver refuge avec une centaine d'autres enfants.

Un lourd héritage qu'il a su transcender au travers de ses œuvres, parfois monumentales, qui, à Valence, Saint-Etienne, Aix-en Provence et en bien d'autres endroits, rendent hommage aux victimes des génocides, aux résistants, aux combattants de la liberté... De son histoire, Toros a, en effet, puisé sa force et sa créativité. Devenu dinandier à l'âge de 10 ans, parce que ses parents n'avaient pas les moyens de l'envoyer à l'école, il s'est fait tout seul, devenant d'artisan un véritable artiste tel ce sculpteur, Kotchar, rencontré en Arménie par hasard et dont l'œuvre, la statue de David de Sassoun, héros de l'Arménie, fut à l'origine de sa vocation.

C'est cette histoire qui vous sera contée au fil des cinq salles qui lui sont consacrées pour cette exposition. Mais aussi et surtout, vous découvrirez, à travers photos, croquis et vidéos, comment naissent ses créations, de la plus artisanale des façons ; comment parties d'une étude, plus ou moins poussée, parfois d'un simple coup de crayon, se matérialisent, dans le bronze, le cuivre ou le laiton, des œuvres puissantes et pleines de vie, à l'image de cet homme qui, en dépit des épreuves, n'a jamais baissé les bras, jamais perdu la foi...

Des œuvres épurées aux courbes délicates qui contrastent avec l'ardeur avec laquelle il frappe le métal et qui, souvent, célèbrent la femme dans toute sa sensualité, mystérieuse et envoûtante ; mais qui traduisent aussi, nul ne peut y être insensible, tout cet amour qu'il porte en lui et auquel ne sont certainement pas étrangères les femmes de sa vie : sa muse de toujours, son épouse, Marie, et ses deux filles, Yersa et Gayanné.

Se juxtaposent également des bustes, des fruits à croquer, un étrange bestaire, et, comme en introduction, moment d'émotion, ce petit garçon, en short et maillot de corps, qui baisse la tête, non pas honteux mais déterminé à retourner dans la classe dont il a été chassé parce que ses parents n'ont pas pu payer l'école.

Ce petit garçon, c'est lui, Toros, qui, malgré ses 81 ans, a toujours gardé son cœur d'enfant et n'a jamais grandi, si ce n'est au travers de ses œuvres dont plus d'une quarantaine sont parties, aujourd'hui, au-delà de nos frontières. Comme ce buste de Komitas, installé tout à côté du musée éponyme, à Erevan, en Arménie, et qui témoigne de sa réussite : une douce revanche qu'il s'est accordée, lui que ce pays n'avait pas voulu intégrer dans son école d'art parce qu'il n'avait pas le baccalauréat.

vendredi 1 avril 2016

Jim Shaw - Rather fear god

Proche de la scène artistique néo conceptuelle californienne des années 80, Jim Shaw est un artiste pour le moins atypique. Il a depuis le début de sa carrière le désir de produire une oeuvre plastique visant à explorer le versant obscur de la société américaine consumériste et standardisée. Ses critiques quasi hallucinatoires puisent leur inspiration dans une culture vernaculaire en deçà des catégories établies par l'histoire de l'art: tableaux d'amateurs récupérés dans des brocantes, objets de cultes populaires, BD, musique rock, films de série B, etc. Ces objets s'inscrivent dans un réseau de significations multiples qui ne cessent d'affaiblir l'autorité symbolique de l'œuvre d'art et constituent les fragments d'une histoire à la fois personnelle et collective.

La peinture, le dessin, la sculpture, la vidéo, l'installation et la performance sont autant de médiums utilisés par l'artiste depuis la fin des années 1970 au service d'une vision foisonnante et encyclopédique.

Parmi la pile d'œuvres-objets exposées à «Rather fear god» la grande nouveauté est une figurine qui représente Babylone la Grande chevauchant la Bête à sept têtes et dix cornes. Elle est inspirée de posters reprenant des images du tournant du XXe siècle tirées de peintures décadentes du mouvement Art Nouveau.
Cette œuvre renforce la critique anticonsumériste de Jim Shaw dans la mesure où dans le Livre des Révélations, le personnage de Babylone la Grande est étroitement lié au monde matériel, à l'achat et la vente de biens. Cette composante anti-matérialiste qui sous-tend bon nombre de religions, lutte selon l'artiste dans notre culture avec la pure folie débordante de nos inspirations, de notre créativité collective, qui se manifeste dans une surproduction dont les conséquences sont aussi passionnantes que terrifiantes

Dans «Rather fear god» Jim Shaw focalise ainsi son attention sur le paradoxe qui caractérise notre époque qui, d'un côté, poursuit une consommation outrancière et la l'accumulation frénétique des biens, de l'autre, reconnait de plus en plus la répugnance qu'il y a à s'attacher aux choses matérielles. Jim Shaw lui-même reconnait collectionner et entasser toutes sortes de trucs à l'utilité discutable (surtout des images) et à en pointer du doigt l'intolérable futilité.

Les univers de la BD et du surréalisme, notamment sous l'égide de Salvador Dali, inspirent la scénographie de cette exposition. Beaucoup d'onirisme y est présent comme si face à la folie matérialiste et au déclin de la spiritualité, le rêve dans toute son absurdité, frisant parfois la folie, était seul capable de résister – ou du moins de proposer une alternative. Mais ce que l'on y trouve surtout c'est cette extravagance ironique et toujours un peu loufoque, propre à Jim Shaw.

Jim Shaw
Rather fear god
02 avril-21 mai 2016
Paris 3e. Galerie Praz-Delavallade